RECHERCHE

▪ Biographie

Issu d’une longue lignée de médecins bourbonnais, il a été l’élève du célèbre professeur Charcot, fondateur de la neurologie, à la Salpétrière où il présente en 1893 sa thèse sur les « névropathes voyageurs ». Considéré comme l’une des figures de proue de la neuropsychiatrie française, il a publié plus de 235 articles et études, pour la plupart dans la Revue neurologique, dont il était rédacteur en chef. Il a laissé son nom au syndrome de Meige, une déformation faciale oro-mandibulaire qu’il a décrite en 1910. Son œuvre présente deux orientations bien différentes :

- la neurologie, où il se fait en particulier une spécialité du traitement des tics (Les tics et leur traitement, Paris, 1902, 633 p.). Il a travaillé aussi sur les déformations du squelette (le gigantisme, le nanisme, etc.), et, durant la Grande Guerre, sur les neuropathies périphériques et bien d’autres sujets.

- la médecine dans l’art, où il analyse avec délice les tableaux des écoles flamande et hollandaise, les dessins du Primatice, les œuvres antiques, pour y déceler les illustrations des maladies. Lors des congrès internationaux, il délaissait volontiers les conférences pour visiter les musées. Il s’est intéressé également aux possessions démoniaques : parmi ses dernières œuvres, il a laissé un roman historique, Gauffridy (1936) qui raconte l’histoire véridique d’un curé marseillais convaincu de sorcellerie en 1611.

Fin 1922, il est nommé à la chaire d’anatomie de l’École des Beaux-Arts, où il assure jusqu’en 1936 un enseignement plus théorique que pratique. Dès son arrivée, il est le premier à introduire le cinéma en illustration de ses cours. Le 27 novembre 1934, il succède à Marie Curie à l’Académie de médecine.

En 1895, il avait épousé Juliette-Rose Gaudermen (1876-1932) et vint habiter Saint-Maur, au château de Champignol, 28 quai de Champignol : il s’agissait d’une vaste maison de campagne, qui consistait en un remaniement du logis de la ferme seigneuriale des princes de Condé, probablement réalisé sous le 1er Empire. Elle venait d’être achetée par son beau-père Gaudermen avec le parc de l’ancienne ferme. C’est là que naissent ses deux enfants, Paulette en 1896 et Paul en 1901. Dans ce cadre agréable, celui qu’un de ses collègues qualifie d’« un des esprits les plus charmants et les plus fins » travaille dans le calme à ses publications, entouré d’une riche bibliothèque. Il y meurt le le 29 septembre 1940. Le château situé au bord de la Marne a disparu entre mai 1956 et avril 1960 pour l’élargissement du quai. Il n’en subsiste que le pavillon d’entrée (XVIIIe s.), rue Boileau, hélàs très transformé.

Le nom du docteur Meige a été donné en 1955 à la voie sinueuse qui dessert le lotissement réalisé par son fils dans l’ancien parc du château.

Son fils Paul MEIGE (1901-1973) a dû être l’élève de son père puisqu’il fait ses études à l’École des Beaux-Arts de 1927 à 1931. Il y est élu grand massier cette année-là, où il épouse la fille d’un pastelliste et décorateur de théâtre, Françoise Allouard-Carny. Les jeunes époux ne sont pas dépourvus de relations : en 1934, ils figurent parmi les invités au mariage de la fille du comte Wladimir d’Ormesson. Installé à Paris-7e et à La Varenne, Paul exerce son activité d’architecte de 1931 à 1954 au moins. Il a publié quelques articles sur la rénovation de la maison rurale (1938) et participé à la reconstruction de Tourouvre (Orne) de 1948 à 1954. L’auteur de ces lignes avait ‘hérité’ de son matériel d’architecte en 1974.

Pierre GILLON

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▪ Bibliographie et sources

  • G. Bruel, « Une famille médicale bourbonnaise : les Meige », Bull. de la Société d’émulation du Bourbonnais, t. 38, 1935, p. 70-75 ;
  • A. Tournay, « Allocution à propos du décès de M. Henry Meige », Revue neurologique, séance du 7 novembre 1940, p. 711-715 ;
  • A. Soucques et  P. Bellegue, « Henry Meige », La Presse médicale, n° 29-30, 2-5 avril 1941, p. 372-374 ;
  • Archives municipales de Saint-Maur, dossier Meige (histoire et photos du château disparu situé en bord de Marne).