RECHERCHE

▪ Biographie

Né à Marseille en juin 1868, fils d’un négociant de Gênes, Isaac-Félix Suarès est un élève brillant : à 17 ans, élève au lycée Louis-le-Grand à Paris, il remporte le prix d’honneur de rhétorique du Concours général, avec médaille de 3000 F et une critique élogieuse d’Anatole France qui, saisi d’admiration, déclare sa composition unique dans les annales du concours, empreinte de générosité et d’un parfum rare. Mais ses jeunes années sont marquées par une succession de deuils familiaux : sa mère qu’il perd à sept ans, son père, ruiné, douze ans plus tard, puis son frère officier qui trouve une mort horrible à l’arsenal de Toulon. Il en restera meurtri à vie, éternellement blessé, retranché dans une hautaine solitude, d’un caractère intraitable, insurgé et visionnaire. Élève de l’École normale supérieure, condisciple de Romain Rolland, il échoue volontairement à l’agrégation pour ne pas devenir enseignant. Longtemps sans ressources, il bénéficiera de mécènes fidèles. Plusieurs voyages en Italie lui fourniront la matière de son œuvre majeure, Le voyage du Condottière. À partir de 1912, il anime la NRF aux côtés de Gide, Claudel et Valéry. Son œuvre, 80 livres édités de son vivant et une trentaine d’œuvres posthumes, est une vaste nébuleuse de poèmes, de biographies, de récits de voyages et de pamphlets où, par exemple, il prend la défense du capitaine Dreyfus ou dénonce en prophète les dangers du nazisme. De 1913 à 1929, il conseille Jacques Doucet dans la création de sa bibliothèque littéraire. En 1935, il reçoit le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, puis le Grand Prix de Littérature de l’Académie française. On envisage de publier ses œuvres complètes et on évoque son nom pour le prix Nobel lorsque la guerre éclate. Ses livres sont interdits. Se sachant recherché, il se réfugie à Antibes où il conseille un réseau de résistance. Ses Vues sur l’Europe, violent réquisitoire contre les dictatures, sont diffusées par la France libre en 1943.

En octobre 1944, il revient en Île-de-France, où il est hébergé avec sa femme Betty dans la villa de Mme Kampmann au 16, avenue du 11 novembre à La Varenne. C’est dans cette maison qu’il perd sa femme en juin 1945 et c’est là aussi que l’on vient lui remettre le Grand Prix Littéraire de la Ville de Paris le 5 janvier 1948. Décédé quelques mois plus tard, le 7 septembre, il est inhumé au cimetière Rabelais. Le 5 août 1950, la Ville de Saint-Maur décide de prendre à sa charge l’exhumation et la translation des cendres de Suarès au cimetière des Baux de Provence. La bibliothèque de la Société d’histoire et d’archéologie a hérité d’une collection de ses ouvrages.

Pierre-Yves GRANDEMANGE, Thierry DESLOT et Pierre GILLON
d'après Robert Parienté

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▪ Bibliographie

  • R. Parienté, André Suarès, l’insurgé, Paris, 1999, et Le Vieux Saint-Maur, n° 73-74, 2000-2001, p. 58-59 ;
  • J. Rance, « Dernières années de Suarès à la Varenne », ibid., p. 60.